Isabelle Plouchard Présidente de la Plate-forme pour le Commerce Equitable

Interview réalisée en janvier 2005

La Plate-forme pour le Commerce Equitable a été créée en 1997. C'est le seul organisme national de représentation des acteurs du commerce équitable français.

Quelles sont les différentes missions de la plate-forme ?
L'action de la plate-forme est multidirectionnelle. Son action est à la fois nationale et internationale. Les objectifs ont pour but principal de promouvoir le commerce équitable et de sensibiliser aux relations nord-sud.
Nous jouons un rôle d'interlocuteur auprès des pouvois publics, développons les liens avec d'autres réseaux à l'étranger et travaillons en partenariat avec différents organismes (Coordination Sud notamment).
Une part importante de notre action concerne des opérations de sensibilisation auprès du grand public dont le temps fort est l'organisation chaque année de la Quinzaine du Commerce Equitable.

Quel est le profil des membres ?
La plate-forme réunit différentes structures : des importateurs (grossistes et détaillants), des boutiques dont Artisans du Monde, des associations de promotion et de labellisation (par exemple : Max Havelaar), des structures de solidarité comme Handicap International et des associations de voyage.
Elle compte actuellement 32 membres dont 5 membres sympathisants.

Quel a été le chiffre d'affaires réalisé par les membres de la plate-forme en 2004 ?
D'après nos premières estimations, il s'élève à environ 50 millions d'euros en 2004 contre 32 millions d'euros en 2003. Les membres de la plate-forme réalisent 90% du commerce équitable en France.

Comment évolue la consommation équitable en France ?
Un Français sur deux a déjà entendu parler du commerce équitable. En pratique, il existe un décalage entre les intentions d'achats et les actes de consommation. On constate que la notoriété du commerce équitable d'une année sur l'autre augmente sensiblement.
A titre d'exemple, la centrale d'achats d'Artisans du Monde enregistre une progression de son chiffre d'affaires d'environ 15% par an.

Vous organisez prochainement la 5ème Quinzaine du commerce équitable, quelles en sera cette année l'événement-phare ?
Comme les années précédentes, tous les membres sont impliqués dans des actions au niveau national et local.
Par exemple, Max Havelaar fera une tournée dans plusieurs grandes villes françaises avec des producteurs du Sud. Quant à Artisans du Monde, c'est la thématique "femmes et économie" qui a été choisie comme fil conducteur en 2005. Une tournée est également prévue dans les régions françaises avec les représentants des producteurs et un village du commerce équitable se tiendra à Reims..
En 2004, la Quinzaine avait été relayée par plus de 1 700 animations dans toute la France. Nous espérons dépasser ce chiffre en 2005. Par ailleurs, nous parrainons la première Semaine Etudiante pour le Commerce Equitable organisée par Equiterre. Elle va notamment permettre de communiquer auprès d'un nombre très important d'universités et d'écoles afin de sensibiliser davantage d'étudiants au commerce équitable.


Comment expliquez-vous le retard de la France dans le domaine du commerce équitable ?
Plusieurs facteurs expliquent la situation. En premier lieu, je pense au rôle des pouvoirs publics en France qui n'ont pas mis suffisamment de moyens pour communiquer sur le sujet. A titre de comparaison, le gouvernement allemand a débloqué 6 millions d'euros en 2005 pour sensibiliser les consommateurs au commerce équitable.
Le deuxième point concerne l'importance de la grande-distribution en France et le fait que les produits ne soient pas mis en avant dans les linéaires.
Il faut également ajouter le rapport à l'économie solidaire qui est plus développé dans certains pays étrangers et le pouvoir d'achat qui est plus important comme en Suisse.

Chaque année, la plate-forme reçoit de nouvelles demandes d'adhésion, comment sont examinées les candidatures ?
Nous en recevons en moyenne une quinzaine par an. Nous n'examinons que les candidatures dont les structures sont en place depuis deux ans au minimum. Nous procédons à un audit interne très pointu comprenant une grille d'évaluation qui comporte une centaine de critères. Le processus d'intégration prend au minimum entre 6 et 12 mois.

Qu'est-ce-qui pourrait constituer, selon vous, une avancée pour les professionnels impliqués dans le commerce équitable ?
Je fais partie d'un groupe de discussion à l'Afnor qui rassemble entre autres des associations de consommateurs, des distributeurs. Nous travaillons à l'élaboration d'un fascicule de documentation sur la certification. Il devrait voir le jour avant la fin de l'année 2005. Il sera destiné à mieux informer et servira de base à l'avenir pour l'établissement de normes dans le domaine du commerce équitable.
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# Posté le dimanche 12 juin 2005 11:14

Mangues: entrevue avec une productrice de mangues du Burkina Faso...

Mangues: entrevue avec une productrice de mangues du Burkina Faso...
Awa Coulibaly est cultivatrice et commerçante. Elle est propriétaire d'un verger de mangues biologiques de un hectare. Nous l'avons rencontrée à Bobo Dioulasso, principale ville de l'ouest du Burkina Faso, siège de l'Union Fruitière et Maraîchère du Burkina (UFMB), partenaire de Max Havelaar.

MH: Madame Coulibaly, comment se fait-il qu'une femme soit à la tête d'une ferme familiale affiliée à l'UFMB.

Awa Coulibaly: Je suis veuve et mère de 5 enfants. La tradition veut que dans une telle situation, le frère aîné reprenne les affaires de l'homme décédé. A la mort de mon mari, j'ai exprimé le souhait de reprendre moi-même, avec l'aide de mes enfants, l'exploitation des terres familiales. Mon beau-frère me connaissant comme femme entreprenante, a accepté de déroger à la tradition et m'a accordé de pouvoir faire comme je le souhaitais.

MH: Vous produisez des mangues certifiées biologiques sur votre verger d'un hectare et vous en écoulez une partie par le canal du commerce équitable et l'UFMB, cela ne doit pas être simple pour une femme?

AC: Mais il y a beaucoup de femmes qui sont impliquées dans ce marché! Par exemple elles achètent très souvent des mangues sur le champ, parfois même à leur propre mari, et les revendent sur les marchés locaux. Certaines louent des camions, je le fais parfois, et font transporter leur production sur les marchés de la capitale, Ouagadougou, et aussi sur ceux de Niamey, la capitale du Niger à 800 km à l'est. En fait les femmes s'impliquent beaucoup, ceci aussi dans les débats sur les possibilités commerciales régionales.

MH: Et vous vivez de ce commerce?

AC: Celui-là et d'autres. Moi par exemple, il m'arrive fréquemment de me rendre en Côte d'Ivoire pour vendre du «bisap» (fleur d'oseille, qui donne une boisson fort prisée en Afrique) ou d'autres productions. Si on ne réagit pas, ce sont les grands commerçants ivoiriens qui envoient leurs employés nous enlever le marché à vil prix. Alors de temps à autres, pendant que mes enfants travaillent aux champs, je pars quelques jours plus au Sud. Il m'arrive d'aller jusque sur les marchés d'Abidjan.

MH: Et que pensez-vous de cette perspective d'écouler une partie de vos mangues sur le marché équitable?

AC: Depuis l'année 2000, nous avons déjà pu exporter grâce à l'UFMB des mangues certifiées biologiques vers l'Europe. Les critères Fair Trade sont une étape de plus à laquelle nous adhérons pleinement. Nous devons encore nous former, notamment nous autres femmes, à la gestion, aux finances et aussi à la vie associative. Nous espérons pouvoir porter notre voix dans les décisions qui sont prises. Le fait que j'ai été élue au Comité de l'UFMB en tant que responsable «Genre et vie associative» est très réjouissant et croyez-moi, je n'ai pas l'intention de faire de la figuration. En fait, mes frères cultivateurs m'acceptent pleinement et je crois en toute modestie qu'ils apprécient mon apport. Ce qui prime pour moi, c'est de décider plus de femmes à s'intégrer au marché équitable. Même si ce n'est qu'une petite partie de notre production qui est écoulée par ce biais, c'est très important pour l'ensemble des familles concernées: le prix est supérieur et fixe, les contrats sont sûrs.

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# Posté le dimanche 12 juin 2005 08:06

Jus d'Orange: entrevue avec deux cueilleuses d'oranges du Brésil

Jus d'Orange: entrevue avec deux cueilleuses d'oranges du Brésil
Interview d'Ana Ascencio et de sa fille Cleide Aparecida, cueilleuses d'oranges à Paranavaí, Etat du Paraná (Brésil), par André Radlinsky, Fondation Max Havelaar (Suisse)


MH: Combien y a-t-il de familles sur cette parcelle?

AA: Trois familles vivent ici. Cela fait au total 10 personnes. Dans cette maison, nous sommes quatre. Mes deux filles, le fils de Cleide et moi-même.

MH: Comment se déroule une journée ordinaire de travail pour vous?

AA: Nous nous levons à 5 heures du matin. Nous prenons le petit déjeuner, puis préparons notre repas de midi, que nous mangerons dans la plantation. Ensuite, nous nous rendons à l'endroit où nous prenons le bus, qui passe à 6 heures. Ma deuxième fille garde la maison pendant que nous sommes au travail. Le bus nous emmène à la plantation, où nous cueillons des oranges toute la journée. A midi, nous faisons une pause pour manger. En principe, nous travaillons jusqu'à 5 heures du soir. Nous sommes de retour à la maison vers 6 heures. Nous mangeons et regardons un peu la télévision. Puis nous allons nous coucher.

MH: Depuis combien de temps travaillez-vous avec votre fille dans les orangeraies?

AA: Depuis trois ans.

MH: Quand avez-vous été pour la première fois enregistrées officiellement comme cueilleuses?

AA: C'était il y a deux ans. Cette année, c'est la deuxième fois.

MH: Travaillez-vous chaque année pour le même producteur d'oranges?

AA: Non, l'an dernier, c'était pour un autre producteur.

MH: Grâce aux primes du commerce équitable, vous avez pu agrandir votre maison. Elles ont servi à payer les matériaux de construction, et vous avez fait vous-même les travaux. Ces primes sont-elles pour vous le principal avantage du commerce équitable?

AA: Les primes sont très importantes pour nous. Elles nous permettent aussi de suivre des cours dans toutes sortes de domaines: boulangerie, conservation des aliments, confection de tissus, fabrication de fromage et de yaourts, vie associative. Lors du dernier cours, nous avons appris à nous organiser en association pour réaliser des projets communs. Par exemple acheter un terrain pour y cultiver nos propres produits. C'est quelque chose de vraiment très précieux pour nous. Ces cours, organisés grâce aux primes du commerce équitable, nous permettent d'avoir d'autres activités et de gagner un peu d'argent en dehors de la cueillette des oranges. Sans cela, nous ne pourrions guère trouver du travail entre les périodes de récolte.

MH: Est-ce à dire qu'en dehors de la cueillette des oranges, il est impossible de trouver du travail dans la région?

AA: Oui. Il est très difficile de trouver un autre travail.

MH: Qu'est-ce que ces cours vont vous permettre de faire concrètement?

AA: A l'époque de la récolte, on n'a guère le temps d'avoir une autre activité. Mais après, en novembre, je compte faire du pain et le vendre. On aimerait aussi broder des étoffes pour également les vendre.

MH: Quels sont vos projets personnels?

AA: Je souhaite avoir un jour un peu de terrain à moi pour le cultiver. Mais c'est très difficile pour l'instant, car la plus grande partie des terres est dans les mains d'une petite minorité de gens.

MH: Si vous pouviez adresser un message aux consommatrices et consommateurs de jus d'orange en Europe, que leur diriez-vous?

AA, CA: De boire encore plus de jus d'orange fabriqué avec nos récoltes, car les projets financés grâce aux primes du commerce équitable nous aident énormément. Et puis, la qualité de nos fruits est excellente. Nous connaissons la culture des oranges et savons de quelle manière elles sont transformées en concentré de jus à l'usine


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# Posté le dimanche 12 juin 2005 08:05

Fleurs: entrevue avec une ouvrière floricole de Zimbabwe

Fleurs: entrevue avec une ouvrière floricole de Zimbabwe
Entrevue de Jyll Bradley avec Christine Bhareka, ouvrière floricole de Zimbabwe

JB: Comment vous appelez-vous? Avez-vous une famille et des enfants?

CB: Je m'appelle Christine Bhareka. Je suis mère de deux enfants, que j'élève seule. Mon fils, qui a 4 ans, s'appelle Privilege. Ma fille s'appelle Prominence, elle a 18 mois. Je m'occupe aussi de mon petit frère, âgé de 12 ans.

JB: Comment s'appelle la ferme floricole où vous travaillez? Où est-elle située?

CB: Je travaille à la Zeibari Farm. Elle est située dans les environs de Trelawney, dans la province du Mashonaland Ouest, au Zimbabwe.

JB: Combien de personnes travaillent-elles dans cette exploitation?

CB: Environ 120 personnes.

JB: Depuis combien de temps y travaillez-vous?

CB: Je travaille depuis cinq ans à la Zeibari Farm ; depuis le 15 août 1998.

JB: Quelles sont les fleurs cultivées dans cette exploitation?

CB: Nous avons quatre hectares de roses. Nous cultivons les variétés Golden Gate, Tropical Amazone, Pretty Girl, Pretty Woman, Sacha et Mercedes.

JB: Comment se déroule votre journée en tant que cueilleuse de fleurs dans une exploitation certifiée par Max Havelaar?

CB: Je me lève à 5 heures du matin et prépare du porridge et du thé pour ma famille et moi-même. A 6.15 heures, je prends le chemin du travail. Jusqu'à l'heure du thé, j'aide à la cueillette des fleurs. Ensuite, je travaille à l'emballage des bouquets de roses ; je trie les roses en fonction du degré d'ouverture des fleurs et vérifie leur qualité. Deux autres femmes travaillent avec moi. L'une trie les roses selon la longueur des tiges, l'autre fait des bouquets et les emballe.
A midi, je rentre chez moi. Je retourne au travail pour 14 heures. L'après-midi, nous poursuivons notre travail de tri et d'emballage jusqu'à ce que nous ayons traité toutes les roses cueillies le matin. Si nous avons fini avant 16.30 heures, je me rends dans les serres pour débarrasser les rosiers des pousses gourmandes. D'ordinaire, je quitte le travail entre 16.30 et 17 heures. Aux périodes de forte activité, par exemple à Noël et à la Saint-Valentin, nous travaillons parfois plus longtemps. Après le travail, je vais chercher Privilege à la garderie de la ferme. Une fois chez moi, je fais la lessive et donne le bain à mes enfants. Puis je prépare le repas.
Après le repas, il arrive que j'aille voir des amis ou que des amis viennent me voir. Habituellement, je vais me coucher vers 21 heures.

JB: En quoi la ferme floricole où vous travaillez se distingue-t-elle d'une ferme non certifiée? Comment fonctionne concrètement une ferme produisant pour le commerce équitable?

CB: Dans la ferme où je travaille, nous avons un horaire de travail contrôlé, ce qui veut dire que nous ne faisons pas plus de huit heures par jour. Quand il y a vraiment beaucoup de travail et que nous effectuons des heures supplémentaires, nous avons un complément de salaire et pouvons compenser ces heures à des périodes plus calmes.
Nous portons des vêtements de protection.
Nous sommes suivis dans notre état de santé, et les conditions de travail sont sûres. Un médecin vient une fois par mois à la clinique de la ferme pour donner des consultations.
J'ai une belle maison avec deux chambres à coucher. Pendant que je suis au travail, mes enfants peuvent aller à la crèche de la ferme. Dans cette exploitation, il y a également une bonne école primaire, que mon petit frère Leon peut fréquenter.

JB: Pour quels projets concrets la prime du commerce équitable est-elle utilisée?

CB: Notre «joint body» (organe de décision démocratique) a décidé que la prime servirait à financer divers projets. D'une part, nous avons mis de l'argent à disposition de l'école primaire pour l'achat de livres et d'équipement de football. D'autre part, nous avons payé tous les frais de scolarité des enfants et des autres membres des familles travaillant ici.
De plus, l'électricité a été installée dans tout le village grâce à cette prime.
A l'heure actuelle, il est difficile d'acheter du maïs, car il y a sous-production de cette céréale. Nous avons donc utilisé une partie de l'argent de la prime pour acheter du riz en grandes quantités, afin de pouvoir nous nourrir correctement.
Dans notre ferme, nous avons ouvert notre propre clinique et pouvons acheter des médicaments, toujours grâce à la prime du commerce équitable.
Enfin, nous avons créé un club de couture et envisageons de mettre sur pied un cours de menuiserie pour les hommes.

JB: En quoi votre travail ici se distingue-t-il du travail dans une exploitation non certifiée? Vous procure-t-il des avantages, à vous et votre famille?

CB: Quand ma fille est née, j'ai bénéficié d'un congé maternité payé. Privilege peut aller à la crèche pendant que je travaille ; cela m'aide beaucoup, car je suis seule au foyer. Prominence avait des problèmes quand je n'ai plus pu l'allaiter. J'ai pu alors acheter des aliments pour bébés, ce qui m'aurait été impossible si je ne travaillais pas ici. Leon peut aller à l'école de la ferme, et les frais de sa scolarité sont couverts par la prime du commerce équitable.

JB: Dans quels pays les fleurs produites à la Zeibari Farm sont-elles livrées?

CB: De nombreuses fleurs partent en Suisse et aux Pays-Bas. Mais nous exportons aussi en Suède, Allemagne, Grande-Bretagne et Italie.

JB: Qui achète vos fleurs?

CB: La plupart de nos fleurs sont vendues dans des supermarchés. Le reste est écoulé sur des marchés aux Pays-Bas.

JB: Avez-vous une fleur préférée?

CB: J'aime les fleurs de jardin. Parmi les roses, Sacha est ma variété préférée.

JB: Aimez-vous avoir des fleurs chez vous?

CB: Oui; j'aime composer des bouquets.

JB: Souhaitez-vous adresser un message aux gens qui achètent vos fleurs en Europe?

CB: J'aimerais les remercier d'acheter nos roses ; c'est grâce à cela que nous avons de meilleures conditions de vie et de travail.

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# Posté le dimanche 12 juin 2005 08:04

Interview d'un producteur d'avocats équitables...

Interview d'un producteur d'avocats équitables...
MH: Monsieur Vallejo, pouvez-vous vous présenter brièvement?

GV: Je m'appelle Gustavo Vallejo. J'ai 42 ans, je suis marié et père de deux enfants. Nous vivons à Peribán, mon village natal, qui compte 20'000 habitants. Peribán est situé à environ une heure et demie de route d'Uruapan, une des principales villes de l'Etat fédéral de Michoacán, dans la première région productrice mondiale d'avocats. Je suis président de Pragor depuis trois ans et possède 12,5 hectares de terres, sur lesquelles mon père a planté des avocatiers voici déjà plus de 30 ans. J'ai tout d'abord étudié l'informatique à Guadalajara, puis, il y a six ans de cela, je suis revenu à Peribán. Depuis, je cultive les plantations d'avocatiers que j'ai héritées de mes parents.

MH: Pouvez-vous nous parler de la coopérative Pragor?

GV: Pragor a été fondée en 2001 et regroupe une septantaine de membres. Nos cultures d'avocatiers sont exclusivement biologiques. Les buts de notre association de producteurs sont de promouvoir la culture et la commercialisation d'avocats bio de toute première qualité dans notre région, de former les producteurs à la culture bio et de favoriser l'échange d'expérience. Les producteurs de Pragor sont aussi bien certifiés Max Havelaar que certifiés bio. Nos plantations d'avocatiers sont situées à diverses altitudes (de 1'500 à 2'400 mètres). Grâce à la diversité des conditions microclimatiques, à l'expérience de nombreuses générations et à un sol fertile, idéal pour cette culture (le Mexique est la patrie de l'avocat!), nous avons la possibilité de récolter toute l'année de magnifiques avocats au goût savoureux.

MH: Pourquoi produisez-vous en qualité biologique?

GV: Pendant des années, mon père a cultivé des melons et des concombres dans des zones où l'on pulvérisait des pesticides sans discernement, parfois au moyen d'avions. Il est mort d'un cancer du poumon, peut-être d 'avoir respiré ces produits chimiques. La vallée dans laquelle il cultivait l'avocat était autrefois l'une des plus fertiles de tout le pays. Mais la pulvérisation de produits chimiques a gravement compromis la fertilité du sol, à tel point que le volume des récoltes a baissé d'environ 90%. Les cas de cancer chez les enfants sont malheureusement en augmentation dans notre Etat, surtout dans la région du Lago de Pátzcuaro. Je pourrais citer beaucoup de raisons qui m'ont amené à la culture biologique. Mais ce qui m'a sans doute le plus décidé à faire le pas, c'est la disparition de mon père et l'expérience de mes deux s½urs, pionnières de la culture bio. Grâce à elles, j'ai fait la connaissance d'un ingénieur novateur, totalement convaincu par l'agriculture biologique. Il m'a ouvert les yeux sur les dégâts que nous causons à notre environnement et sur les solutions qui existent.

MH: Qu'attendez-vous du commerce équitable?

GV: Pour nos producteurs, un des gros problèmes est que la culture de l'avocat en qualité bio implique des coûts plus élevés et un volume de production plus faible, avec des fruits plus petits. Jusqu'à présent, les baisses de production n'ont pas pu être compensées par une hausse du prix de vente. Il n'existait pas de marché pour les avocats bio, ou alors, quand il y en avait un, les intermédiaires se mettaient tout dans la poche. Pour nous, le commerce équitable établit un pont entre le cultivateur soucieux de préserver l'environnement et de produire un fruit de la meilleure qualité possible, et le consommateur sensibilisé, conscient que ce qu'il paie pour un tel fruit bénéficie directement au cultivateur. Le commerce équitable donne l'assurance que chacun ; en particulier le producteur ; reçoit ce qu'il mérite. De plus, nous touchons une prime que nous pouvons utiliser pour réaliser des projets qui profitent à nos communautés.

MH: Avez-vous déjà des idées sur les projets qui pourraient être financés par cette prime?

GV: Il existe de gros besoins dans nos communes. Les principales carences se situent dans la santé, l'éducation, la disponibilité de l'eau potable, le reboisement et l'accès aux microcrédits. C'est dans ces domaines que nous voulons concentrer nos efforts.

Interview: Martin Blaser, Fondation Max Havelaar (Suisse)
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# Posté le dimanche 12 juin 2005 08:02