Des suspicions non fondées ne peuvent briser une lame de fond indispensable. La parution du livre de Christian Jacquiau, «Les coulisses du commerce équitable», paru aux Editions Mille et une nuits, et l'écho dans la presse ont provoqué un certain émoi parmi les adeptes du commerce équitable en Belgique. Selon l'auteur, le commerce équitable, tel que pratiqué aujourd'hui, courrait à sa perte!
Il dénonce les dérives et les abus commis «au nom de l'équitable» et prend Max Havelaar dans sa ligne de mire. A l'heure où le législateur des pays comme la France et la Belgique planche sur une définition et tente d'établir des règles strictes pour le commerce équitable parce que cette niche de consommation intéresse de nombreux acteurs du marché, n'est-il pas absurde de semer le doute et le discrédit en bloc sur les pionniers et promoteurs de ce type de commerce. Ne nous trompons pas de cible !
Les propositions de loi actuelles montrent que la plupart des partis politiques vont dans le sens d'une reconnaissance de deux filières pour les produits équitables : la filière intégrée qui est celle des organisations du commerce équitable tel que le pratiquent Oxfam Magasins du Monde, Fair Trade Organisatie ou Citizen Dream, par exemple, et la filière de labellisation telle qu'elle est mise en oeuvre par Max Havelaar. La première participe à tout le processus de commercialisation du produit équitable : depuis sa production dans un pays du Sud jusqu'à sa vente au consommateur, soit à travers leur propre réseau de magasins, soit à travers les canaux classiques de distribution. La seconde labellise des marques de producteurs et de distributeurs selon le respect d'un cahier des charges contraignant.
Tous les produits et marques de la filière intégrée (ex.: Oxfam Fair Trade, Made in Dignity) sont exclusivement issus du commerce équitable et reposent sur des relations directes entre un mouvement de citoyens, d'une part, et des partenaires producteurs du Sud, d'autre part.
Démarche éthique
La filière de labellisation de Max Havelaar porte sur les grandes marques connues qui demandent le label pour une partie de leur production. Ce label leur donne la reconnaissance d'une démarche éthique pour ces produits.
Christian Jacquiau vise Max Havelaar et la filière de labellisation. Il lui reproche entre autres de s'associer avec le «diable», à savoir les multinationales et les grands distributeurs qui ne recherchent en cela qu'un effet de marketing éthique. Fin 2005, Nestlé a demandé et reçu le label Max Havelaar pour un café «partners blend» en provenance de quatre coopératives du Salvador et une d'Ethiopie. Ce café ne représente qu'une infime part de la commercialisation des cafés Nestlé. Le grand danger, en effet, de ce type d'accords, s'ils ne sont pas assortis de règles strictes en matière de communication de la part des entreprises et d'engagements plus globaux quant à leur politique sociale et environnementale, c'est qu'ils servent surtout les intérêts des entreprises elles-mêmes. Attirer le chaland sur un produit équitable qui représente quelques miettes du chiffre d'affaires... Obtenir un gain d'honorabilité. Le consommateur ne doit pas être dupe.
Au-delà du fait que ce genre de dérives puisse, en effet, être critiqué sur le fond, il est cependant indispensable que les acteurs du commerce classique puissent aussi s'engager sur la voie du commerce équitable, à partir du moment où ils respectent un certain nombre de règles, telles celles édictées par Max Havelaar. En vue de s'engager dans cette voie, un seul label indépendant, tel celui proposé par Max Havelaar, suffit ! La prolifération des labels autoproclamés chez les producteurs et distributeurs entraîne la confusion dans l'esprit des consommateurs.
Les propositions de loi actuelles mettent en évidence trois principes de base pour le commerce équitable :
1) l'équilibre de la relation entre les producteurs du Sud et les importateurs. Cet équilibre porte sur un éventuel préfinancement de la production, sur le maintien d'un prix équitable et sur la pérennité de la relation commerciale entre les parties;
2) le soutien à des organisations de producteurs et/ou de travailleurs;
3) la sensibilisation et l'information des consommateurs et des clients.
Les principes 1 et 2 sont indispensables pour qu'une entreprise soit acceptée dans une filière de labellisation. Le principe n° 3 est dans la droite ligne des activités de terrain des organisations du commerce équitable.
Porte ouverte
Max Havelaar ouvre la porte aux petits producteurs et leur permet de s'asseoir à la table des «grands». Cette organisation interpelle les grandes sociétés et les oblige à intégrer des pratiques éthiques dans les relations commerciales : droits des hommes et droits de la planète. Cependant, en plus de répondre aux critères stricts imposés par l'organisation de labellisation et de respecter les principes énoncés ci-dessus, les entreprises devraient être obligées à accroître progressivement la part de marché des produits équitables qui composent leur gamme, selon une règle à définir. Cette obligation deviendrait la condition essentielle au maintien du label sur ces produits.
La sensibilité des consommateurs vis-à-vis des produits équitables est de plus en plus grande. Selon une enquête réalisée en 2005 pour le Fair Trade Center, en Belgique, 8 personnes sur 10 connaissent le principe du commerce équitable. 55 pc des personnes citent spontanément Oxfam en pensant au commerce équitable et 31 pc le label Max Havelaar. 36 pc des personnes interrogées disent avoir acheté l'un ou l'autre produit au cours de l'année écoulée. Ce serait vraiment regrettable que des suspicions non fondées viennent briser une lame de fond indispensable à des millions de producteurs dans le monde : les hommes et la planète ont tout à gagner à ce que le commerce équitable, qui représente à peine 0,02 pc du commerce mondial, devienne demain la référence éthique des échanges internationaux.
MAURICE PIRAUX
Auteur de «Consommer éthique: un choix», Editions Luc Pire, 2006
26 Juin 2006
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Il dénonce les dérives et les abus commis «au nom de l'équitable» et prend Max Havelaar dans sa ligne de mire. A l'heure où le législateur des pays comme la France et la Belgique planche sur une définition et tente d'établir des règles strictes pour le commerce équitable parce que cette niche de consommation intéresse de nombreux acteurs du marché, n'est-il pas absurde de semer le doute et le discrédit en bloc sur les pionniers et promoteurs de ce type de commerce. Ne nous trompons pas de cible !
Les propositions de loi actuelles montrent que la plupart des partis politiques vont dans le sens d'une reconnaissance de deux filières pour les produits équitables : la filière intégrée qui est celle des organisations du commerce équitable tel que le pratiquent Oxfam Magasins du Monde, Fair Trade Organisatie ou Citizen Dream, par exemple, et la filière de labellisation telle qu'elle est mise en oeuvre par Max Havelaar. La première participe à tout le processus de commercialisation du produit équitable : depuis sa production dans un pays du Sud jusqu'à sa vente au consommateur, soit à travers leur propre réseau de magasins, soit à travers les canaux classiques de distribution. La seconde labellise des marques de producteurs et de distributeurs selon le respect d'un cahier des charges contraignant.
Tous les produits et marques de la filière intégrée (ex.: Oxfam Fair Trade, Made in Dignity) sont exclusivement issus du commerce équitable et reposent sur des relations directes entre un mouvement de citoyens, d'une part, et des partenaires producteurs du Sud, d'autre part.
Démarche éthique
La filière de labellisation de Max Havelaar porte sur les grandes marques connues qui demandent le label pour une partie de leur production. Ce label leur donne la reconnaissance d'une démarche éthique pour ces produits.
Christian Jacquiau vise Max Havelaar et la filière de labellisation. Il lui reproche entre autres de s'associer avec le «diable», à savoir les multinationales et les grands distributeurs qui ne recherchent en cela qu'un effet de marketing éthique. Fin 2005, Nestlé a demandé et reçu le label Max Havelaar pour un café «partners blend» en provenance de quatre coopératives du Salvador et une d'Ethiopie. Ce café ne représente qu'une infime part de la commercialisation des cafés Nestlé. Le grand danger, en effet, de ce type d'accords, s'ils ne sont pas assortis de règles strictes en matière de communication de la part des entreprises et d'engagements plus globaux quant à leur politique sociale et environnementale, c'est qu'ils servent surtout les intérêts des entreprises elles-mêmes. Attirer le chaland sur un produit équitable qui représente quelques miettes du chiffre d'affaires... Obtenir un gain d'honorabilité. Le consommateur ne doit pas être dupe.
Au-delà du fait que ce genre de dérives puisse, en effet, être critiqué sur le fond, il est cependant indispensable que les acteurs du commerce classique puissent aussi s'engager sur la voie du commerce équitable, à partir du moment où ils respectent un certain nombre de règles, telles celles édictées par Max Havelaar. En vue de s'engager dans cette voie, un seul label indépendant, tel celui proposé par Max Havelaar, suffit ! La prolifération des labels autoproclamés chez les producteurs et distributeurs entraîne la confusion dans l'esprit des consommateurs.
Les propositions de loi actuelles mettent en évidence trois principes de base pour le commerce équitable :
1) l'équilibre de la relation entre les producteurs du Sud et les importateurs. Cet équilibre porte sur un éventuel préfinancement de la production, sur le maintien d'un prix équitable et sur la pérennité de la relation commerciale entre les parties;
2) le soutien à des organisations de producteurs et/ou de travailleurs;
3) la sensibilisation et l'information des consommateurs et des clients.
Les principes 1 et 2 sont indispensables pour qu'une entreprise soit acceptée dans une filière de labellisation. Le principe n° 3 est dans la droite ligne des activités de terrain des organisations du commerce équitable.
Porte ouverte
Max Havelaar ouvre la porte aux petits producteurs et leur permet de s'asseoir à la table des «grands». Cette organisation interpelle les grandes sociétés et les oblige à intégrer des pratiques éthiques dans les relations commerciales : droits des hommes et droits de la planète. Cependant, en plus de répondre aux critères stricts imposés par l'organisation de labellisation et de respecter les principes énoncés ci-dessus, les entreprises devraient être obligées à accroître progressivement la part de marché des produits équitables qui composent leur gamme, selon une règle à définir. Cette obligation deviendrait la condition essentielle au maintien du label sur ces produits.
La sensibilité des consommateurs vis-à-vis des produits équitables est de plus en plus grande. Selon une enquête réalisée en 2005 pour le Fair Trade Center, en Belgique, 8 personnes sur 10 connaissent le principe du commerce équitable. 55 pc des personnes citent spontanément Oxfam en pensant au commerce équitable et 31 pc le label Max Havelaar. 36 pc des personnes interrogées disent avoir acheté l'un ou l'autre produit au cours de l'année écoulée. Ce serait vraiment regrettable que des suspicions non fondées viennent briser une lame de fond indispensable à des millions de producteurs dans le monde : les hommes et la planète ont tout à gagner à ce que le commerce équitable, qui représente à peine 0,02 pc du commerce mondial, devienne demain la référence éthique des échanges internationaux.
MAURICE PIRAUX
Auteur de «Consommer éthique: un choix», Editions Luc Pire, 2006
26 Juin 2006
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