Christian Jacquiau : "Une foule de dérives"

Christian Jacquiau explique les raisons qui l'ont mené à enquêter, non sans mal, sur les pratiques de Max Havelaar.

« Après un livre sur la grande distribution (« Les Coulisses de la grande distribution », Albin Michel, 2000), pourquoi vous être intéressé aux « coulisses du commerce équitable » ?

Christian Jacquiau : C'est un prolongement. Souvent, lors de mes très nombreuses conférences sur les ravages de la grande distribution, organisées par des comités locaux d'Attac, la Confédération paysanne, des chambres de métiers et du commerce( ?), on me disait : « Vous savez, il y a une solution à ce que vous dénoncez, c'est le commerce équitable ; il y a un label, Max Havelaar, avec des garanties, etc. » Surtout, le fait que les grands distributeurs deviennent les principaux acteurs de cette démarche m'a interpellé. J'ai voulu savoir ce qu'« équitable » signifiait pour eux...

Vous êtes aussi féroce avec Max Havelaar que vous l'étiez avec Leclerc, Auchan ou Intermarché. On va vous accuser de vouloir décrédibiliser le commerce équitable et de démobiliser les militants...

Max Havelaar n'est pas le commerce équitable. Je n'ai d'ailleurs rien contre cette marque en tant que telle, comme je n'ai rien contre la grande distribution.
Seules les pratiques m'intéressent. Quant au risque d'être démobilisateur, je l'ai pesé longuement.
Nous n'en sommes qu'au début de la popularisation du commerce équitable, et à un virage où l'attente du public, qui veut de plus en plus consommer responsable, est très forte. Il est donc temps de montrer que le commerce équitable est très divers, qu'il existe un grand nombre d'acteurs avec des pratiques forts différentes, certaines plus poussées que d'autres, mais aussi une foule de dérives et de récupérations.
Je crois que cette démarche est au contraire tout à fait salutaire.
Il ne faut pas confondre les rôles. Les pires ennemis du commerce équitable sont ceux qui le vendent à la grande distribution, aux Nestlé, McDonald's, Accor, Dagris, Starbuck's, etc.
C'est en s'abandonnant dans les bras de ces transnationales qu'on jette le discrédit sur le commerce équitable.

N'êtes-vous pas un peu indulgent, dans ce livre, avec les autres acteurs du commerce équitable, comme Minga ou Artisans du Monde, dont les pratiques sont moins décortiquées ?

Je me suis intéressé en particulier à Max Havelaar parce que c'est l'acteur le plus HEGEMONIQUE, celui qui se prétend label, celui qu'on voit partout, et dont on a l'impression, à lire sa communication, que ce qu'il fait est l'aboutissement du commerce équitable. Les autres sont moins exposés parce que moins visibles, et ils ne connaissent pas les mêmes dérives. Surtout ils sont plus humbles.
Michel Besson, cofondateur d'Andines et directeur de Minga, dit qu'il n'y a pas de commerce équitable, qu'il essaie de faire mieux que la pratique courante, explique ses forces et ses faiblesses, etc.
Cependant, il est vrai qu'on n'a pas beaucoup plus de garanties avec les autres acteurs du commerce équitable qu'avec Max Havelaar. Tout repose sur la confiance. La clé est donc la transparence.
On ne peut se contenter d'un logo sur un produit. Il faut que le consommateur ose poser des questions précises, et il verra qui lui répond ou pas. N'importe quel commerçant connaît la structure de ses prix...
Il serait bon aussi que les associations de consommateurs fassent des études, avec des grilles de lecture, pour faciliter la compréhension et la comparaison des démarches.

Est-ce que Max Havelaar a té transparent pour vous ?

J'ai eu beaucoup de mal à avoir des informations. J'en ai obtenu certaines de façon indirecte, et, pour le reste, j'ai dû batailler. Pour obtenir les comptes de 2004, il a fallu insister longuement. Et je n'ai toujours pas les comptes de 2005, alors que nous sommes en mai 2006.
Le problème est surtout que j'ai eu beaucoup de réponses évasives : quand j'ai demandé, par exemple, quelle était la rémunération du président de FLO, on m'a répondu : « un salaire normal de cadre dans une Ong ».
On ne m'a pas non plus donné la rémunération des inspecteurs de FLO.
Les dirigeants de Max Havelaar n'avaient pas envie d'entrer dans les détails, et il y a beaucoup d'informations sur lesquelles ils ne veulent pas communiquer.
Le manque de transparence est certain.
Mon plus grand étonnement, cependant, est l'attitude de certaines personnes qui sont censées partager la même exigence que moi pour améliorer le commerce équitable et le développer. Victor Ferreira, directeur de Max Havelaar, a été extrêmement agressif lors de débats sur LCI puis sur Europe 1n et je me suis carrément fait insulter par Jean-Pierre Blanc, de Malongo, sur Radio classique...(Qui est arrogant là ?...)

Pensez-vous que l'on puisse encore parler de commerce équitable pour les filières Max Havelaar ?

Cela dépend de ce que l'on met derrière les mots. Filières équitables sûrement pas, puisque les lieux de vente de la grande majorité de ces produits ne sont pas équitables. Seul le producteur est concerné, et, à l'étude, on voit que l'impact est souvent très limité, sans compter que les salariés et les saisonniers de ces producteurs ne sont pas concernés par cet équitable-là.
Le plus grand mérite de Max Havelaar est finalement d'avoir, par toutes ses dérives, alimenté les débats sur la grande distribution et les multinationales. Même si ce n'était sans doute pas son but initial... »

Propos recueillis par Dante Sanjurjo.
Politis n°903 (25 au 31 mai 2006)
# Posté le lundi 29 mai 2006 19:33

Christian Jacquiau :«Le commerce équitable a dévié de son objectif»

Questions à Christian Jacquiau, Auteur de «les coulisses du commerce équitable-mensonges et vérités sur un petit business qui monte». Editions Mille et une nuits.

Le Temps: Pourquoi cette charge contre le commerce équitable?

Christian Jacquiau: Il s'agit de la prolongation d'un premier livre Les coulisses de la grande distribution publié en 2000. Après y avoir raconté le commerce inéquitable, je me suis naturellement intéressé à ce qui est présenté comme une alternative. Ce livre fait suite à deux ans d'enquêtes dans plusieurs pays, dont la Suisse.

N'est-il pas une belle idée?


Elle est généreuse. Mais on l'a réduit à une relation caritative. Elle a dévié de son objectif initial qui était une réponse au commerce ultra-libéral où les relations entre les différents acteurs sont violentes et où les puissants écrasent les faibles.

Aujourd'hui, ce même type de relations gouverne le commerce équitable qui se limite à quelques niches symboliques et qui ne s'interroge pas sur les conditions du travail ou les coûts du transport.

Mais vous reconnaissez au moins que les producteurs du tiers-monde reçoivent un meilleur prix grâce à ce système?

On a créé un îlot de commerce équitable, avec le café comme produit phare. Mais même pour cette culture, les paysans livrent 10% de leur production à la filière équitable et le reste aux grands acheteurs. Le système devait se faire l'écho du slogan «Trade not aid» (le commerce plutôt que de l'aide). Il ne le fait pas.

Selon vous, le commerce équitable a été récupéré par les multinationales?

Les grandes surfaces s'en servent pour redorer leur image; elles vendent 99% de produits issus du commerce inéquitable, mais leur stratégie de communication est fondée sur le un pour cent du commerce dit éthique. Je ne pense pas que Nestlé ou McDo soient des partenaires sincères du café Max Havelaar.

Quel est votre message aux consommateurs?

Le commerce équitable joue un rôle pédagogique formidable en dévoilant les rapports économiques injustes. Il doit susciter le débat. Le consommateur doit se poser des questions sur les vrais bénéfices aux producteurs. Par contre, il ne doit pas remplir son caddie des produits issus du commerce inéquitable et y ajouter un café Max Havelaar pour se donner bonne conscience.

20 Mai 2006
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# Posté le mercredi 24 mai 2006 19:39

Michel-Edouard Leclerc :"Il y a une prime aux entreprises pionnières"

Michel-Edouard Leclerc :"Il y a une prime aux entreprises pionnières"
Un peu plus de 14 millions d'euros de chiffre d'affaires pour leurs offres de produits équitables fin 2005 : les centres Leclerc sont en tête de la distribution pour cette filière. Zoom sur les motivations et les engagements du groupe avec Michel-Edouard Leclerc co-président de l'association des centres Leclerc.

Vertitude magazine : Certains chefs d'entreprises avancent l'idée que l'entreprise n'a pas pour rôle d'être en avance sur la société. Pensez-vous pouvoir influencer l'acte d'achat ?

Michel-Edouard Leclerc :
Les entreprises n'ont pas d'âme : je le confirme quant bien même l'expression juridique - personnalité morale - semble le faire croire. Néanmoins, cela n'empêche pas les chefs d'entreprises qui les dirigent d'avoir une vision. Je crois qu'une entreprise qui a une prospective a plus de chance de rester sur le marché qu'une entreprise qui n'est que suiveuse.
Ensuite, c'est moins la demande qui fait l'offre, que l'offre qui fait la demande - notamment pour les produits non alimentaire -. Une entreprise qui sait mettre en ligne une proposition commerciale qui correspond à la nouvelle attente sociale des consommateurs, c'est-à-dire des produits bio, éthique a plus de chance de rencontrer les faveurs du public que celles qui attendent les revendications. Je pense qu'il y a une prime aux pionniers.
Leclerc, de part son impact médiatique, a un rôle de préconisateur. J'engage mon groupe sur ce secteur : par voie de communication, je m'implique personnellement dans le développement du commerce équitable auprès des salariés des centre Leclerc et des clients. J'apporte ma pierre à la crédibilité de cette offre du commerce équitable.

Le cabinet Thema, spécialisé dans les études de consommation, a mis en évidence l'émergence d'un nouveau groupe de consommateur : les "alterconsommateurs" (cf encadré E&T 252 ci-dessous). Avez-vous constaté ce phénomène dans vos magasins? Pensez-vous accompagner leur demande ?

Il y a effectivement une catégorie très marginale de consommateurs dont on peut qualifier les comportements "d'alterconsommateur". Ils se revendiquent d'une idéologie et cherchent à prendre le contre pied de toutes les propositions commerciales de la société de consommation telle qu'est la nôtre. Ils fréquentent de ce fait des magasins exclusifs type "La vie claire", "Artisans du monde" ou participent à des collectifs d'achats comme on en voit sur Paris autour de certains marchés. Ils souhaitent une relation directe avec les producteurs, cherchent la rémunération du juste travail. Dans cette catégorie très ciblée, il y a une part de réaction à l'hyper matérialisme de nos sociétés de consommation. Mais il y a aussi une part d'utopie que je peux qualifier de sympathique, mais aussi d'un peu naïve tant son expression est au "bord du monde" et non pas "dans le monde".

Il ne faut pas confondre cette catégorie avec un mouvement plus général de la consommation qui touche toutes les tranches de la société, tout les types de milieu, que ce soit en terme de revenu ou d'éducation. C'est beaucoup plus diffus, c'est moins repérable que la catégorie précédente, mais ces consommateurs interpellent aujourd'hui le distributeur ou le producteur sur l'origine des produits, les conditions de fabrication ou de travail qui ont préludé à la fabrication des produits manufacturés ou encore aux marges et aux rémunérations des intermédiaires de la filière.
Et pour moi, ce mouvement-là ce n'est pas une catégorie de consommateur : il touche l'ensemble de la société. Et nous ne pouvons qu'y répondre.
Que ce soient des industriels, des prestataires de service ou des distributeurs, tous les professionnels doivent tenir compte de ce nouveau degré de maturité des consommateurs. Cet apprentissage du commerce équitable nous a amené à revoir la pratique de nos métiers.

Pensez-vous augmenter votre offre de produits équitables?

Je crois ce mouvement inéluctable. Il y a trois ans, nous avons décidé de dynamiser ce marché : nous sommes passés de 60 à 200 références « commerce équitable » permanentes dans les centres Leclerc. Nous travaillons aujourd'hui l'extension de la commercialisation des produits Max Havelaar non alimentaire. Nous allons notamment distribuer des sacs en coton issus du commerce équitable. J'ai également créé, à côté des organisations d'achat, des cellules de travail qui guident la sélection de ces dernières. Par exemple, j'ai un groupe qui met en avant les labels de bonne gestion forestière. Nous avons également substitué le Teck dans nos gammes par des bois renouvelables. Dans le domaine du bio, nous allons étendre notre offre grâce à l'association que nous avons avec les coopératives Suisse et le mouvement italien Conade.

Comment faire pour que le commerce équitable ne soit pas qu'un concept marketing ?

Moi, cela ne me gêne pas qu'il soit un concept marketing du moment qu'il soit efficace. On sert l'intérêt des producteurs. Ce qui compte aujourd'hui ce n'est pas de faire de l'idéologie ou de la philosophie mais c'est de donner au producteur la possibilité de rencontrer un large public et d'obtenir sa rémunération.
Certains producteurs sont trop loin de la logistique de Jacques Vabre, Nestlé, etc. pour que leurs « gringos » les sollicitent. Alors qu'ils étaient hors marché, nous leur mettons le pied à l'étrier. Et pour eux, ce qui compte c'est de vendre à un bon prix.
Si on fait de la pub sur ce produit tant mieux : l'important, c'est de ne pas tromper le public. La revendication principale des associations de consommateurs est d'ailleurs une meilleure lisibilité des produits issus du commerce équitable. Il faut développer la publicité et un marketing d'un commerce équitable

4 avril 2006
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# Posté le mercredi 24 mai 2006 19:36

Christian Jacquiau : « Un îlot d'équitable dans un océan d'inéquitable »

Christian Jacquiau : « Un îlot d'équitable dans un océan d'inéquitable »
Christian Jacquiau, ancien expert-comptable, s'était déjà attaqué à la grande distribution. Dans son dernier ouvrage, publié cette semaine, il a choisi d'enquêter sur "Les Coulisses du commerce équitable", aux Editions Mille et une Nuits.

Vous venez de publier un livre sur le commerce équitable, pourquoi vous êtes-vous intéressé à ce sujet ?

Dans un précédent ouvrage, sur la grande distribution, je me suis penché sur les dysfonctionnements du commerce mondial : les importations à bas prix, les fournisseurs mal payés, etc. Avec le commerce équitable, je pensais avoir trouvé une alternative séduisante.

Qu'est-ce qui rend le commerce « équitable » ?

Cela veut dire que le prix d'un produit permet à ses producteurs d'en vivre. Mais il n'existe aucune définition officielle. D'où un débat entre ceux qui ont une approche plutôt caritative, « aider les pauvres du Sud », et ceux qui veulent remettre en cause les règles du commerce traditionnel, en réintroduisant les préocccupations sociales au Nord comme au Sud.

Que peut-on acheter dans ce secteur ?


En théorie, tout. Dans les faits, cela concerne d'abord le café, et quelques denrées agricoles comme le cacao, le thé, des fruits, et plus récemment le coton. Ce sont des produits qui viennent du Sud et qui sont surtout consommés au Nord. A l'origine, les ventes concernaient l'artisanat, mais elles sont restées marginales.

Que reprochez-vous à Max Havelaar ?

Grâce à une communication massive, cette association créée par des missionnaires hollandais à la fin des années 1980 se fait passer pour l'inventeur du commerce équitable, ce qui est faux, et pour un label, ce qui est également faux. Max Havelaar est une marque commerciale privée qu'on retrouve partout, à tel point que le grand public a fini par l'identifier à l'équitable.

Ce sont là des questions de forme, non ?


Pas du tout, car derrière ces mensonges, on découvre des dérives. Max Havelaar a adopté une définition a minima du commerce équitable pour redorer le blason de la grande distribution et de multinationales comme McDonald's ou Accor, tous connus pour leurs piètres pratiques sociales. L'exemple de Dagris est éloquent. Son coton équitable africain, estampillé Max Havelaar, a servi de monnaie d'échange à des privatisations d'entreprises cotonnières et ouvre la porte aux OGM.

Peut-être, mais cela profite à de petits producteurs des pays du Sud...


C'est parfois le cas, mais pas toujours. Il n'existe pas d'organisme de contrôle indépendant de Max Havelaar. Ce dernier impose des frais aux producteurs, qui paient pour le label, et pour être dans une coopérative. Par contre, il n'offre aucune garantie sur les volumes vendus. Ce système ne permet pas d'échapper à la pauvreté, et il n'est pas toujours plus intéressant. Au Mexique, on a vu des paysans renoncer à l'équitable.

Que répond Max Havelaar à vos critiques ?

Pour eux, le commerce équitable s'arrête aux portes de l'exploitation agricole ou de l'usine. Ils mettent aussi en avant leurs réalisations, comme des écoles ou des dispensaires. Ils se satisfont de construire un îlot d'équitable dans un océan d'inéquitable.

Mais le 100 % équitable existe-t-il ?

Oui, et c'est à lui que les marchands de bonne conscience font le plus de tort. Ainsi, la société Andine vend du café torréfié en Colombie pour que ce pays bénéficie aussi des recettes de la transformation. Dans le textile, Azimut vend des vêtements en assurant l'équité de toute la filière. Ils jouent la transparence en indiquant leurs coûts, leurs prix et leurs marges. D'autres, comme la marque de café Malongo, s'y refusent.

19 Avril 2006
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# Posté le mercredi 24 mai 2006 01:24

Zebrur', pour consommer différemment

Zebrur', pour consommer différemment
Commerce équitable. Un concept à la mode et quelque peu galvaudé aussi. Pour cette militante de la première heure, plus qu'un label ou une théorie économique il s'agit avant tout d'une philosophie, d'une manière de voir... et d'agir. Pour elle, dans commerce équitable, il n'y a pas que l'équité, il y a aussi le commerce. Elle refuse le côté misérabiliste ou charitable que l'on a trop souvent tendance à prêter à cette manière différente d'aborder le commerce. Et quand on lui demande quelle serait sa définition du commerce équitable, elle répond tout simplement : « que chacun dans son environnement puisse vivre décemment de son travail ».

Zébrur'
Adresse : 36 rue Pernety
Paris 14è
Métro Pernety
Tel : 01 45 42 02 42
email : boutique@zebrur.com
Site : http://www.zebrur.com

Comment en êtes-vous venue à ouvrir votre boutique ?

J'ai été opportunément licenciée, il y a près de cinq ans. L'idée je l'avais depuis pas mal d'années mais je travaillais. Un bon boulot, un bon salaire, on ne se risque pas à dire : « je vais tout laisser tomber ». J'avais fait des propositions à d'autres structures du réseau pour faire de la formation notamment en Afrique, les retours ont été plutôt négatifs. Si je n'avais pas perdu mon boulot peut être que ce serait resté une idée dans ma tête. Suite à ce licenciement économique, je me suis remise en question, j'ai suivi des formations de créations d'entreprises, j'ai fait les marchés, je suis allée en Afrique, sur le terrain, j'ai cherché. J'ai galéré comme tout le monde. Chercher un local dans Paris ce n'est pas facile. Il a aussi fallu trouver les financements, convaincre mais finalement, j'ai ouvert la boutique.
Cette idée je l'ai depuis longtemps, j'ai toujours voulu faire quelque chose. L'idée originelle c'était de lancer une marque de vêtements, je suis modéliste de formation. L'évolution des choses a fait que j'ai d'abord ouvert une boutique. Pourquoi ne pas créer la marque de vêtements après ? Certes il faut trouver les bonnes conditions les bonnes structures avec lesquelles travailler et on ne peut pas non plus le faire tout seul peut être que d'ici là les contacts feront que... Au départ c'était aussi pour créer mon propre emploi dans le secteur ce n'est pas tout à fait le fruit d'un hasard. J'aime le contact avec le public j'aime aussi parler de ces produits de leur historique c'est ça aussi qui fait la différence par rapport à un autre commerçant. Nous on sait très bien d'où viennent les produits. On sait aussi combien a touché le producteur.

Avant d'ouvrir Zebrur vous étiez déjà sensible à la question du commerce équitable ?

J'ai une éducation chrétienne, j'étais déjà bénévole au CCFD (Comité Catholique Contre la Faim et pour le Développement- ndlr) . Je baignais déjà dedans. J'ai cherché à travailler dans le secteur mais c'était trop tôt, ce n'était pas encore comme aujourd'hui, où tout le monde en parle, où il y a un réel engouement. Je voulais travailler dans le secteur, je voulais faire de la formation, il y avait de beaux tissus mais j'étais révoltée par les modèles. Ces tissus venus du monde entier sont de qualité, les gens doivent les acheter pour la qualité des produits et non par charité. C'est vrai que c'est parti d'une bonne action mais ces gens ont du talent ! Avec un peu de formation, si on les met au goût du marché visé, ces produits de bonne qualité trouveront leur clientèle.

Quelle est votre vision du commerce équitable ?

Je suis d'avis qu'il faut sortir de cette sphère misérabiliste où l'on achète uniquement pour faire une bonne action. Nous avons fait le choix d'être une SARL on aurait pu rester une association. C'est un commerce, on pense toujours à équitable et on oublie le commerce. Certes un commerce dans le respect de l'autre mais commerce tout de même. A terme on doit pouvoir payer son loyer, se verser un salaire, payer ses charges comme n'importe quel commerçant du coin. Si ça reste toujours dans la sphère subvention- bénévolat ce n'est pas bon. Si on a rajouté équitable à commerce, c'est peut être parce qu'on pensait que ce n'était pas si équitable que cela, et qu'on voudrait entraîner tout le monde dans notre démarche mais c'est ça. Donc c'est un commerce qui petit à petit va faire son trou. On devient sensible à ces questions d'équité, d'environnement, on réalise l'interdépendance. Tant dans les rapports Nord Sud que dans les rapports Nord- Nord. Ce n'est pas une obligation légale c'est juste une question de conscience, chacun est libre d'écraser son prochain ou d'avoir envie de respecter son travail. C'est pour cela que certains on du mal à s'y faire, notamment ceux qui ont pris le train en marche et n'arrivent pas à cerner tout à fait la question.
Peut être que plus tard les contraintes inhérentes à la boutique vont me faire déchanter, voir les choses autrement. Mais je suis partie dans cette optique là et j'ai les pieds sur terre et je me dis il faut que j'y arrive, chacun dans son environnement doit pouvoir en vivre. Si les produits arrivent trop chers, je ne vais pas pouvoir les vendre.
Ici il y a la crise, je ne veux pas tenir un magasin élitiste bien que les choses soient plus chères dans le commerce équitable, il faut trouver des débouchés. Donc si on ne trouve pas un juste milieu avec le producteur on ne s'en sort pas. Surtout que maintenant de plus en plus de producteurs souhaitent rentrer dans la filière parce qu'elle paie bien, il faut pouvoir faire de la marge, autrement ce n'est pas possible.

Pourquoi Zébrur' ?

Ce nom on l'a trouvé il y a très longtemps avec une amie, Elisabeth. Je lui en parlais depuis longtemps, et un weekend end elle m'a dit : « on va le rédiger ce projet ! » Je suis d'origine africaine je voulais quelque chose qui me rappelle l'Afrique en même temps je vis ici depuis pas mal de temps et je voulais aussi tenir compte de cet aspect.
Zèbre c'était déjà pris, on a cherché quelque chose qui soit à l'image de la société française d'aujourd'hui : un melting pot, un mélange de culture ; Zebrur' nous est venu et voilà !
Zebrur pour les rayures noires et blanches. C'était vraiment ça, c'est mon environnement, c'est ici avec ses richesses et ses contradictions. Et puis ça sonne bien !

D'où viennent les produits de la boutique ?

Vêtements, produits alimentaires, objets de décoration, on trouve un peu de tout chez Zébrur'. On privilégie les produits issus du commerce équitable, il y en a de plus en plus, de nombreuses structures, ONG, associations ont choisi cette manière de travailler afin de permettre aux petits producteurs de vivre des fruits de leur travail. Nous on choisit chez tous ces gens qui travaillent déjà avec les paysans, artisans ou autre. On travaille aussi en direct je fais partie d'une association qui s'appelle Métissages on connaît aussi des structures au Mali et au Burkina. Je vais au Mali à la rencontre de producteurs, petit à petit je mettrai d'autres partenariats en place. Mais l'une des difficultés lorsqu'on travaille en direct avec les coopératives et les artisans, c'est leur difficulté à comprendre les contraintes de gestion notamment import-export, qu'ils laissent à d'autres le soin de gérer, parce que des fois on peut commander des produits et avoir du mal à les recevoir dans les délais.
Côté vêtements on travaille avec Idéo, Ethos, des cotons bios fabriqués en Inde. On a aussi des pulls faits dans les Balkans, des produits du Mali, des produits alimentaires, des petits bijoux fantaisie et des poupées en laine du Kenya, des soies du Laos et des produits de Madagascar.
Pour les produits alimentaires quand on peut ils sont bio mais dans tous les cas, ils sont de qualité qu'ils aient la certification ou pas.

Zébrur', c'est exclusivement des produits issus du commerce équitable ?


Ici on n'a pas que des produits du commerce équitable on également des produits de petites structures françaises parce que depuis pas mal d'années, je vis aussi dans un environnement qui est ici. On n'est pas fermés à des petites structures qui rejoignent la logique du commerce équitable.
On a des serviettes de toilettes en coton bio d'une entreprise qui se trouve du côté de Lille, des sous vêtements en coton bio d'une petite structure de la banlieue lyonnaise son coton bio est importé dans les conditions du commerce équitable mais c'est fait ici. Le bio, la protection de l'environnement ça rejoint le commerce équitable dans l'esprit.

Vous pouvez nous dire un mot de votre clientèle ?

La clientèle est essentiellement issue des environs. Nous avons eu un bon accueil dans le quartier malgré le fait qu'on ne soit pas dans une rue très passante. Des articles dans la presse nous ont bien aidés, notamment dans La croix, Politis, Cité Black et aussi 2O minutes. Nous avons aussi eu le soutien des gens du réseau : on est sur les sites des fournisseurs. On aimerait étendre un peu plus, nous avons la chance d'être dans quartier très écolo les gens d'ici ont beaucoup voyagé ils connaissent les produits et sont sensibles à la démarche.

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09 Mai 2006
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# Posté le mercredi 17 mai 2006 00:29